Françoise Héritier était anthropologue, ethnologue et militante féministe.
Née en 1933, elle est décédée il y a quelques mois, en novembre 2017.

En octobre 2017, Augustin Trapenard la recevait dans son émission matinale, Boomerang.
C’est, je crois, la première fois que j’ai entendu et écouté sa voix.
Dans cet échange, il fut question de l’effacement du féminin dans la société, mais aussi dans la langue française.

Et puis, ils parlèrent de son ouvrage Le Sel de la vie.

Livre que j’ai acheté hier et dont je me délecte depuis.

Ce livre est un ovni.
Pas dans l’absolu, non.
Mais dans la bibliographie de Françoise Héritier.
C’est même elle qui l’écrit, aux premières lignes de la première page.
Sauf qu’au lieu de convoquer l’objet volant non identifié, elle qualifie son ouvrage de “‘fantaisie’, née au fil de la plume et de l’inspiration  […]”.

Ce livre est une fantaisie délicieuse.
Je l’écris haut et fort !

Sur des pages et des pages, Françoise Héritier égrène ces petites et grandes choses qui donnent de la fraîcheur à l’existence.
À l’existence en général.
Et à la sienne en particulier.

Poussée par cette force stimulante et salée, j’ai eu envie de dresser ma propre liste non exhaustive de ces petits et grands moments qui donnent du relief à la vie, le sourire, de la joie, de la surprise, de l’émerveillement ou de l’émotion.

Ce qui me vient là, dans l’instant.

Sans ordre d’importance et sans trame chronologique, voici :

S’étirer longuement le matin, au réveil, et se souvenir qu’on n’a pas d’obligation imminente ; aller voir un film seule au cinéma ; saliver à la vue d’une salade de maïs, tomates et mozzarella di bufala (ou d’une crème glacée avec supplément de chocolat chaud) ; être témoin d’une scène de retrouvailles sur un quai de gare ; écouter la nuit, dehors ; entendre les premiers oiseaux chanter, au début du printemps ; humer le parfum d’une fleur de magnolia tout juste ouverte ; recevoir une carte postale qui vient de loin ; recevoir une carte postale ; discuter pendant des heures avec une amie proche ; se balader les pieds dans l’eau sur la plage du Sillon à Saint-Malo ; pleurer à la fin d’un film ou d’une série magnifiques et être joyeusement triste ; écouter de la musique très fort parce qu’on en a soudain envie ; offrir un cadeau longuement recherché ; être incapable d’arrêter la lecture d’un livre, même s’il est 2h du matin ; visionner La La Land après tout le monde et être surprise et adorer ce film ; déguster un plat inédit ; les fous rires qui donnent mal au ventre et aux joues ; les déclarations de flamme ; détailler tous les éléments d’un bouquet de fleurs ; sentir la communion d’un groupe disparate autour d’un événement ; les enfants qui inventent des histoires insensées ; les efforts d’une randonnée, récompensés par un panorama époustouflant ; la fondue savoyarde ; le vernis sur les ongles de pieds ; entendre sa chanson préférée et la chanter à tue-tête ; chanter à tue-tête dans la voiture ; descendre sur le tarmac de l’aéroport après un long vol ; le vêtement qu’on avait totalement oublié au fond de sa penderie ; une complicité nouvelle ; découvrir une nouvelle règle de grammaire ; le parfum de la fleur de curry ; les dîners d’été sur la terrasse, qui s’éternisent ; un rire franc et spontané ; les rencontres impromptues et inoubliables ; les Nocturnes de Chopin ; l’orage, quand on est à l’abri ; ramasser des coquillages ; jouer à un jeu de société génial ; les labyrinthes ; faire des bulles de savon ; les cerfs-volants ; apprendre quelque chose de nouveau ; trouver une idée géniale ; les crêpes beurre-sucre ; les framboises ; l’accent québécois ; l’accent acadien ; les marchés de Provence en été ; le bruit des pas dans la neige épaisse ; un jeu de mots qu’on n’est que deux à comprendre ; jouer à Times Up avec quelqu’un qui partage les mêmes références culturelles ; l’odeur et le goût de la menthe fraîche ; découvrir par hasard une œuvre de street art ; se faire conseiller un livre par quelqu’un qui nous connaît bien ; offrir un livre ; les douches brûlantes ; toucher du bout du doigt une sculpture de Dali sans se faire remarquer ; rêvasser en regardant la pluie ; prendre la photo parfaite ; les diamants et les émeraudes ; observer pour la première fois de sa vie des hirondelles enfin posées et découvrir qu’elles sont noires, blanches et rouges ; apprendre un nouveau nom propre ou commun, puis le lire et l’entendre partout ensuite ; l’odeur de l’essence à la station-service ; les grandes et joyeuses tablées ; les repas intimistes ; les apéros qui durent des heures ; écouter des messages audio sur son smartphone, envoyés depuis le bout du monde ; chercher un nouveau livre à lire dans une librairie, et le trouver ; jouer au baby-foot comme quand on avait 12 ans ; crier à gorge déployée “c’est beau !” devant un spectacle inoubliable ; la couleur fuchsia ; le chat des voisins qui course les insectes dans la pelouse ; des paillettes dispersées sur un trottoir ; un matelas ultra confortable ; le plat d’enfance qu’on n’avait pas mangé depuis des lustres ; se trouver sous une pluie chaude, tropicale, et marcher dans les flaques ; Les Nymphéas de Claude Monet ; regarder un artiste peindre/dessiner ; le Malbec dans un joli verre à pied ; un grand verre d’eau pétillante pour étancher une soif intense ; le mot gentil et inattendu d’un passant ; les week-ends en solo ; le beurre salé.

Je pourrais continuer longuement.
J’aurais aussi pu m’arrêter plus tôt.

En me lisant,
Si vous avez frémi,
Ou avez commencé à dresser votre propre liste,
Alors, pari réussi !

Avant de mourir, Françoise Héritier avait écrit Au gré des jours, la suite du Sel.

Et son mari, Marc Augé, a récemment publié un ouvrage dans lequel il évoque ses “BMT” (“bonheurs malgré tout”).
On en reparlera sûrement.

En attendant…

Vous reprendrez bien un peu de sel ?

 

La grande, la belle.
La fleur du magnolia,
Qui s’est ouverte sous la pluie du matin
Et se laisse observer et humer,
Une fois le soleil revenu.

 

8 commentaires

  1. Et bien moi, ça m’a donné envie d’en faire le thème d’un repas ou d’une soirée ! Chacun prend la parole pour raconter ce qui le fait vibrer et on prendrait plaisir à s’écouter !
    On se fait ça quand ?

  2. Quel plaisir de te lire, de se prendre nous-même à imaginer tes instants, sourire et se dire combien on aime certains d’entre eux nous aussi. Et puis à notre tour se prendre au jeu et imaginer nos moments aimés. J’adore jouer !

  3. Supercalifragilisticexpialidocius !
    Ex tra or di nai re !
    En résumé, Carpe Diem !
    Et mettez tous vos sens en alerte permanente !

    Oh ! ma fille, comme je suis heureuse de ce que tu es devenue 😊.
    💞💕💖 💋💋💋

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