Les pieds dans l’eau. Le nez dans les coquillages.

Le bas de mon jean noir complètement trempé-salé.

Accroupie dans le sable meuble et mouillé de la marée qui redescend,
Je les scrute à m’en faire mal aux yeux.

Pour être plus à l’aise, j’ai abandonné mes baskets à paillettes un peu plus loin.
Et elles se fondent parfaitement dans ce paysage précieux.

 

Mes baskets abandonnées sur la plage aux coquillages

Paillettes sur miroir d’eau

 

Mon projet de départ était simple (et triple) :

  • profiter de ce soleil anormalement chaud de mi-octobre ;
  • marcher dans l’eau et l’écume malouines ;
  • et ramasser des coquillages (évidemment).

C’était sans compter sur une découverte inattendue.

Tout a commencé par un chatouillement sous mon talon gauche.

Alors que j’examinais le sable à m’en décrocher les yeux, à la recherche d’un nouveau précieux nacré, j’ai senti comme un grattouillement.
Plutôt plaisant, mais quand même un peu préoccupant (tant qu’on ne sait pas qui le provoque).

J’ai regardé et j’ai compris : je dérangeais un Pagurus bernhardus.
Dans le sable mou, sous mes pieds, il avait entrepris de se cacher pour se protéger du bec des goélands affamés.
Et je le perturbais dans son entreprise.

C’est à ce moment que j’ai compris qu’à moins d’une inspection en bonne et due forme de l’intérieur des coquilles, j’aurais plutôt intérêt à laisser “mes” coquillages là où ils étaient.

 

Reprenons donc où nous en étions.

Le jean noir mouillé, les fesses à quelques centimètres de l’eau, je scrute les trous d’eau.

Et je découvre un spectacle grandiose.
De ceux qu’on ne voit ni au théâtre ni dans les films.

Un ballet de bernard-l’ermite en pleins travaux d’enfouissement. D’auto-enfouissement, devrais-je dire.

Alors, je les observe.
Je crois que j’ai la bouche grande ouverte et les yeux écarquillés.

Impossible de les compter. Impossible de les suivre. Ils sont si rapides. Empruntent des trajectoires insensées.

Et je suis émerveillée par la palette de couleurs et les formes multiples des habitations qu’ils ont choisi de louer pour quelque temps.
Natices brillantes. Turritelles communes. Colus. Nasses réticulées. Murex. Gibbules…
Un vrai cabinet de curiosités à ciel ouvert.

Ou plutôt, la représentation d’une troupe de danseurs.
C’est gratuit, et j’en suis l’unique spectatrice.
Chanceuse, je suis !

Sur mon compte Instagram, retrouvez ma vidéo, aux faux airs d’heure de pointe… en milieu marin.

 

[Dans mes oreilles, album “The Greatest” de Cat Power]

3 commentaires

  1. Voici l’occasion rêvée pour conseiller un livre pour enfants, merveilleusement lent et poétique: la maison du Bernard Lhermite d’Eric Carle. Merci pour ta poésie marine chère Fantaisie Vagabonde 😙

  2. Les baskets à paillettes n’ont pas eu droit au spectacle 😣. Elles semblent bien seules mais en même temps à l’aise au milieu de ces belles irisations formées sur la plage !
    En tout cas, ce récit est une invitation à la découverte de ce monde animal méconnu mais non moins actif et inventif ! Bravo pour la vidéo et bravo pour ces mots accompagnateurs qui nous donnent l’envie ! L’envie de se retrouver au même endroit, mais, la magie du moment n’opèrera peut-être plus… il fallait y être et tu y étais , les sens en alerte ! Encore bravo 😉.

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