Chère filleule,

Le lien tissé entre toi et moi, bien qu’invisible, est déjà un peu magique.
Le ressens-tu ?
Probablement pas. Pas encore.
C’est très bien comme ça.
On a tout le temps.

Le rôle de marraine que tes parents m’ont proposé d’endosser suppose une transmission.
De celles qui ouvrent une voie. Peut-être.
De celles qui allument une petite lumière dans un recoin ignoré.
De celles qui enseignent une connaissance, un savoir-faire ou un état d’esprit.

En me confiant ce rôle, tes parents ont contribué à « l’affirmation de moi ».
Et, d’une certaine façon, à la naissance de La Fantaisie Vagabonde.
Le sais-tu ?
Le savent-ils ?

Pour jouer ma partition de marraine, ici, j’aimerais donc te confier quelque(s) chose(s).

Te dire qu’à mon sens, on a un choix à faire, régulièrement :
Celui de voir la vie du côté joli.
Ou de lui préférer l’ombre.
Tu auras le choix. Souvent.
Les adultes ont inventé une expression pour ça : voir le verre à moitié plein, ou à moitié vide.

Sache-le, chère Héloïse :
La gaieté est une décision.
Moi, par exemple, je la décide chaque jour.
Et chaque jour aussi, je râle, je me mets en colère. Et je me love parfois dans une mélancolie tiède et cotonneuse.
Dès le lendemain, je recommence.
Je vote pour la gaieté.
Qui négocie chaque fois avec ses opposants.

Et la valse reprend.

étoiles et cotillons

La gaieté est une décision.

Et elle est plus instinctive, je crois, pour celles et ceux qui ont une grande capacité d’émerveillement.
Les adultes (encore eux !) font souvent de l’émerveillement un trait « enfantin ».
Là, Héloïse, je vais te dire une chose cruciale, à mes yeux :
S’il caractérise l’enfant, l’émerveillement doit être cultivé à l’âge adulte.
À tout prix.
On devrait l’écrire en gras, en gros et en lettres capitales. Partout.

Durant tes premières années, tu vas t’émerveiller souvent.
Ta vie sera (l’est déjà !) ponctuée d’innombrables découvertes.
De petits et grands moments inédits.
De nouvelles senteurs, de nouvelles images.
De nouvelles textures, de nouvelles saveurs.
À mesure que tu grandiras, peut-être auras-tu l’impression que les occasions de s’émerveiller se raréfient.
C’est une erreur. Elles sont partout. Tout le temps.
Le beau est là. Toujours. Tout autour.

Henri Matisse (je te montrerai les merveilleux tableaux de ce peintre fauve et barbu) a dit une chose qui me semble bien illustrer ce que je viens d’écrire :

« Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir. »

Un conseil : pour cultiver l’émerveillement au quotidien, émerveille-toi… à haute voix !
Exclame-toi. Pousse des cris de surprise. Chante tes éblouissements.
Tu verras, ça fait beaucoup de bien et, en plus, c’est communicatif.
Ça rafraîchit, en même temps que ça réchauffe.
En dedans et en dehors de soi.

Chère filleule,

Le lien tissé entre toi et moi, bien qu’invisible, est déjà un peu magique.
Et il compte aujourd’hui un premier message sur écran.
Que voilà.